Le paysage (un peu) renouvelé de l'influence.

Laurent Fary

Par Laurent Fary, Directeur du pôle Influence & Relations Presse, Epoka

 

« J’ai plus peur de nos propres erreurs que des plans de nos ennemis ». La citation pourrait être d’Emmanuel Macron. Elle est de Périclès (495 av. J.-C – 429 av. J.-C). Preuve que « le monde d’avant » maîtrisait déjà parfaitement les fondements de la chose publique et de ses jeux de positionnement.

 

Ce qui relativise l’intensité des ruptures annoncées dans le « monde d’après » : celui-ci sera ambivalent. Car entre la volonté légitime d’éviter l’effondrement de secteurs sinistrés, pourvoyeurs d’emplois mais pas toujours exemplaires sur le plan environnemental et celle, indispensable, de promouvoir un modèle écologique et solidaire, on voit bien que se dessine davantage une transition qu’un basculement.

 

La remarque s’applique au domaine des affaires publiques : on notera ainsi que le premier rendez-vous électoral « post-Covid » - le second tour du scrutin municipal – aboutit, dans une large mesure, à conforter l’ancrage local de LR et du PS : pas vraiment une nouveauté…

 

Pour autant, reconnaissons que la période écoulée a engendré quelques mouvements notables. On en distinguera trois, qui impactent le champ de l’Influence.

 

D’abord, les valeurs. Avant même cette crise sanitaire, l’engagement des acteurs économiques désignait déjà une attente majoritaire du public. Ainsi, dans une enquête Kantar publiée dès avril 2019, 69% des Français estimaient que ces derniers « ont le pouvoir d’agir sur la situation de l’environnement et de faire changer les choses ». Au cœur de la phase de pandémie, on a vu de nombreuses entreprises réorienter leur activité au service de l’intérêt général. Cette « trace » va persister et, à l’heure du « dépassement d’une société strictement mercantile », faire la preuve de son utilité dans l’organisation collective sera assurément une dimension incontournable, apte à renforcer le crédit et l’image de chaque émetteur.

 

Seconde évolution significative : l’avènement du digital. La sphère publique n’y échappe pas puisque la campagne qui s’achève aura privé les candidats de « meetings », « réunions d’appartements » et autres rendez-vous de proximité. Le numérique permet donc de parler à l’électeur et de lui soumettre une offre pour tenter d’emporter sa conviction. Cette situation aura accéléré le processus de « sophistication » des dispositifs digitaux mobilisés, ce qui, là-encore, s’appliquera durablement. D’ailleurs, à quand le droit de vote par voie électronique, afin d’éviter des taux d’abstention si considérables qu’ils dégradent la légitimité des nouveaux élus ?...

 

Et puisqu’il est question de notre santé démocratique, évoquons un troisième aspect dans l’évolution du paysage de l’Influence : le fait territorial. C’est l’un des principaux enseignements de ces derniers mois : entré Jacobin à l’Elysée, le chef de l’Etat s’est converti au girondisme, puisque, dans sa dernière intervention devant les Français, il s’est engagé à « libérer la créativité et l’énergie des territoires ». Dans les rapports de forces issus de la crise, les institutions locales sont apparues comme les plus performantes, les plus engagées et les plus concrètes aussi, dans les réponses offertes à nos concitoyens.

 

Elles pèsent sensiblement dans le débat public et leurs représentants – notamment à l’échelon régional – apparaissent comme des interlocuteurs plus que jamais décisifs dans la stratégie institutionnelle des entreprises.

 

Parmi les définitions associées à la notion d’Influence, il y a celle du « fluide provenant des astres et agissant sur la destinée humaine ». N’exagérons rien.

 

Mais reconnaissons cependant que dans « le monde d’après », une stratégie d’Influence fluide sera partie prenante de la destinée des entreprises…