Les jours d’après avec Philippe Willekens de l'agence Spatiale Européenne

Les Jours d'après Willekens

Passées la sidération et la surprise, comment réagissent nos clients et partenaires dans leur organisation ? Quels regards et analyses portent-ils sur cette période totalement inédite ? Et demain, à quoi ressembleront les jours d’après ? 

 

La période que nous traversons est inédite. Comment cela se passe à l’Agence Spatiale Européenne ?

 

Philippe Willekens : Ce qui me frappe c’est la difficulté sur le plan privé essentiellement, les collaborateurs ayant été bien naturellement inquiets pour eux et leur famille. Sur le plan professionnel, nous n’avons pas baissé vraiment de rythme. Nous travaillons déjà par construction de manière décentralisée en vidéoconférence et télétravail (l’ESA est composée de 8 sites et de 22 états membres). J’ai ressenti moins de sérénité dans cet environnement pesant. Et pourtant, nous avons une certaine habitude de gérer des crises dans les métiers du spatial. Nous avons une certaine expérience de faire face à des tensions dans nos métiers. Mais cette pandémie mondiale à impacté le moral général, ce qui nous soude et nous rend plus forts.

 

Mathieu Gabai : Chez Epoka, les choses sont un peu différentes. La quasi-totalité de nos clients évoluent dans des secteurs d’activité qui ont été plus ou moins impactés par la crise sanitaire mondiale. De très grandes entreprises comme Potel et Chabot, Accor, Air France ont été très durement touchées par les décisions de confinement de la moitié de la planète. Ces entreprises mondiales ont presque toutes vu leurs marchés s’arrêter en même temps. Les équipes d’Epoka, heureusement préparées et agiles, ont continué avec professionnalisme à accompagner leurs clients. Malgré l’investissement des collaborateurs la production a néanmoins baissé au fil des jours, parallèlement aux difficultés de nos clients. Ce qui génère forcément de la frustration de la part des équipes compte tenu de leur implication.

 

Il n’y aura pas de révolution post Covid 19

 

Quels en seront les impacts dans les organisations dans les mois à venir ?

 

PW : Il n’y aura pas de révolution. Il y aura plus d’efficacité avec les outils et les process que nous avons déployés mais qui avaient déjà libre cours à l’ESA. Mais, nous aurons appris de nouvelles méthodes dans le domaine de l’innovation technologique. En quoi les technologies spatiales peuvent aider à produire du matériel, comme les respirateurs par exemple, en période de pandémie et de crise sanitaire ? Ce sont des réflexions qui ont beaucoup fédérées et mobilisées les équipes. Mais avec la vie qui va reprendre, il va falloir aussi gérer, sur un tout autre plan, l’annulation d'événements clef pour notre secteur. Je pense notamment au grand show de Berlin avec l’agence spatiale allemande. Globalement, cette crise nous pousse à une accélération de l’agilité. Elle jette les bases en quelque sorte d’une méthode de travail nouvelle.

 

MG : De notre côté, le télétravail s’est imposé. Mais il ne peut pas constituer le nouvel outil incontournable et unique de nos métiers. Je pense que le monde d’après ne sera pas totalement différent du monde d’avant. Et même si nous nous devons d’être plus agiles parce que les besoins de nos clients au moment de la reconstruction vont être précis et peut-être même urgents, les fondamentaux vont demeurer. Mais les défis sont immenses. Il va falloir retrouver des niveaux élevés de croissance et de création de valeur. Chez Epoka, nous y sommes prêts. 

 

Cette crise nous pousse à une accélération de l’agilité 

 

Est-ce qu’une culture interne forte peut aider à dépasser cette période chahutée ? De quelle manière ?  

 

PW : La culture de notre organisation a incorporé, par nature, une certaine forme de patience et de résilience. La longue histoire du spatial oblige à l’humilité et à une réflexion permanente sur nous-mêmes. Nous avons l’habitude de travailler sur le long terme. Après Ariane 5 et son explosion nous avons vécu des périodes très complexes qui mettent à l’arrêt des activités et qui remettent en réflexion bien des sujets. Car en plus de l’actuelle période, l’activité spatiale est challengée dans son core business par des petits entrepreneurs de start-up ou des milliardaires qui viennent sur nos secteurs. La culture d’entreprise est donc un énorme capital pour repartir de l’avant.

 

MG : Le contexte va faire bouger beaucoup de choses. Notre agilité va nous pousser plus que jamais à nous réinventer. Il va y avoir une phase compliquée à passer avant la remontée du business. Mais j’ai une grande confiance dans l’adaptation des équipes et du management. La base line d’Epoka est justement : « Emparez-vous de votre époque ». Cette philosophie pour nous et pour nos clients n’a jamais été aussi adaptée à la période que nous vivons et dont nous sortirons ensemble tous renforcés. J’en suis convaincu.  

 

 Au moment de la reprise, quelles seront vos premières actions et décisions ?

 

 PW : Tout d’abord, on va réévaluer le plan de charge de la fin d’année. Notre communication est déjà fortement digitale, notre ESA web TV va s’étoffer et nous allons encore développer davantage la communication digitale. Nous n’avons pas d’indication qui laisse croire que nous aurons une baisse du budget de communication dans notre groupe. Ce qui semble acquis, en revanche, c’est que le redémarrage de notre activité industrielle sera plus lent. Nous devrons donc caler notre communication sur ce rythme. Et puis, je pense aussi qu’il nous faudra réfléchir à réinventer notre relation avec les médias…

 

 Comment voyez-vous le rôle des managers dans la remise en route de vos organisations ?

 

MG : Le rôle des managers est à chaque sortie de crise toujours plus compliqué car la transformation nécessaire est forte. L’adaptation des managers oblige une remise à plat des process. Il nous faut faire preuve d’agilité en proposant à nos clients des solutions clefs en main. A titre d’exemple les Start-up incubées ou accélérées par Epoka vont aussi nous aider à proposer de nouvelles approches. Toute période chahutée apporte son lot de transformations qui sont autant de challenges que d’opportunités.

 

PW : J’ai fait ma thèse de fin d’études sur la question télétravail … Nous avons appris à nous organiser depuis longtemps à l’ESA ! Le télétravail pour les managers n’est pas si simple pour assurer la cohésion. Il faut aussi que les équipes se fréquentent physiquement. Le lien social est primordial. Se rencontrer est essentiel. Mais, le virus a interrompu ce lien social et ces rencontres déterminantes. L’innovation dans cette période de confinement nous a poussé à inventer de nouvelles manières de produire cette cohésion du lien social. Nous allons revenir sur nos fondamentaux même si cette période, encore actuellement, nous apprend beaucoup.

 

 Toute période chahutée apporte son lot de transformations 

 

Qu’allez-vous faire « les jours d’après » ?

 

PW : J’ai une grande envie de me retrouver avec les gens, avec les collègues, avec les amis ! Juste pour prendre un café ou déjeuner ! Vous comprenez se retrouver pour échanger ! Mais le jour d’après demain, c’est aussi reprendre la vie d’avant : bouger, se déplacer, voyager. Même si le télétravail et la visioconférence sont des outils importants, je pense que nous allons connaître à l’ESA une sorte de pic de déplacements sur nos 8 sites communs. Au redémarrage de la période du transport, en tous cas !

 

MG : Cette crise nous aura rappelé que les hommes sont des animaux sociaux, pour ceux qui l’avaient oublié. De mon côté, j’ai une grande envie de liens, de rencontres, de moments ensemble. Avec les équipes Epoka, avec ma famille, avec mes amis. Quel bonheur ! Je vais beaucoup moins dormir c’est certain, passer du temps et retrouver le bonheur de journées longues pleines de discussions passionnées, de déjeuners…