Les jours d’après avec Hervé Biausser, expert au sein du Cabinet Paxter et ancien Président de CentraleSupélec

Les Jours d'après Biausser

Passée la sidération et la surprise, comment réagissent nos clients et partenaires dans leur organisation ? Quels regards et analyses portent-ils sur cette période totalement inédite ? Et demain, à quoi ressembleront les jours d’après ? 

Un grand merci à Gilbert Azoulay qui a animé l'échange.

 

Je vois une sortie de crise extrêmement longue dont personne n’envisage l’issue.

 

Cette crise est-elle selon vous d’une ampleur exceptionnelle ?

 

Hervé Biausser : Oui car c’est la première fois que des Etats confinent les habitants de manière aussi massive et décident d’arrêter l’activité brutalement. C’est une crise très grave qui va avoir des conséquences dans la durée, aussi bien sur le plan sanitaire qu’économique. Des décisions délicates seront à prendre : il nous faudra arbitrer entre économie et santé publique. Je vois une sortie de crise extrêmement longue dont personne n’envisage l’issue. Les états l’ayant abordée de manière décousue, cela pourrait renforcer l’impact négatif.

 

Mathieu Gabai : Ce qui est impressionnant, c’est que personne n’a véritablement anticipé ou imaginé un scénario aussi extrême. Nous avons observé les chinois confinés sans réellement prendre conscience de la gravité de la situation. Nous traversons une crise de santé associée à de grandes incertitudes sur la mortalité ou l’économie. Le risque d’inflation fort, dont on parle finalement peu, va aussi avoir un impact très fort sur les entreprises et in-fine sur leurs investissements.

La manière dont les chercheurs ont pris le sujet à bras le corps est simplement exceptionnelle.

 

Qu’avez-vous repéré de « bien » après plus d'un mois de confinement ?

 

HB : Ce qui rend optimiste, c’est la grande solidarité qui est apparue dans cette crise, notamment dans le service public. La manière dont les chercheurs ont pris le sujet à bras le corps est simplement exceptionnelle. Je trouve cela formidable de voir que les étudiants continuent d’apprendre. Par ailleurs, une grande partie des Français considèrent que c’est une bonne chose de prolonger le confinement : c’est le signe d’une très grande maturité.

 

MG : Le secteur de l’éducation a été le plus réactif et fait preuve d’une grande maturité en matière d’enseignement à distance ou de communication. Plus globalement, l’engagement des femmes et des hommes dans tous les secteurs offre un visage très positif de notre société. A l’image de start-ups qui se sont mobilisées spontanément avec leurs imprimantes 3D pour fabriquer des composants indispensables aux soins. Cela nous donne chez Epoka encore plus envie d’investir dans ces écosystèmes.

Il ne s’agit pas de changer radicalement mais d’ajuster, d’innover, de tester.

 

Plus rien ne sera plus comme avant ?

 

HB : C’est certain. Nous allons raisonner différemment et nous positionner dans le temps long avec une vision plus politique des choses. On ne pourra plus regarder le réchauffement climatique comme avant. Cette épreuve marque une rupture dont on se souviendra comme le 11 septembre.

 

MG : Cette crise va faire bouger beaucoup de lignes et nous faire tous avancer… à terme. En attendant les mois et années à venir vont être complexes pour celles et ceux qui ne se réinventeront pas. Il ne s’agit pas de changer radicalement mais d’ajuster, d’innover, de tester. En tant que personne évidemment, mais aussi et surtout pour toutes les entreprises.

 

Comment les organisations doivent-elles se réinventer ?

 

HB : Au-delà de la technologie, ce sont les relations entre les personnes qui sont à repenser. Notre communication devra être beaucoup plus directe et horizontale. Les hiérarchies devront être courtes et en grande proximité avec les équipes.

 

MG : Il ne s’agit pas de rajouter simplement du digital, mais de réfléchir plus sérieusement à nos relations interpersonnelles. Le fait d’être confinés nous a fait prendre conscience de l’importance de se parler, d’être en proximité physique et d’échanger… et de se respecter beaucoup plus.

La situation accélère la prise de conscience de l’évidence que nous ne sommes pas éternels

 

Qu’allez-vous faire « les jours d’après » ?

 

HB : La première chose que je ferai est de me balader avec mon épouse, de faire un footing et de rencontrer ma famille et mes amis. En voyant plus loin, je me demanderai qu’est-ce-que je peux faire différemment à l’avenir. Je suis en plein bilan personnel et je suis convaincu que je ferai des choix plus radicaux. La situation accélère la prise de conscience de l’évidence que nous ne sommes pas éternels. Notre temps est précieux et il ne faut pas le perdre !

 

MG : En famille ou avec des amis, je vais essayer de faire la fête, aller au restaurant prendre du temps pour voyager, découvrir des pays, flâner, etc… Enfin quand cela sera possible et ce n’est pas pour tout de suite…