Les jours d’après avec Nicolas Wolikow Co Fondateur de Qare

Les Jours d'après Wolikow

Passées la sidération et la surprise, comment réagissent nos clients et partenaires dans leur organisation ? Quels regards et analyses portent-ils sur cette période totalement inédite ? Et demain, à quoi ressembleront les jours d’après ? 

Un grand merci à Eric Revel qui a animé l'échange.

 

« Notre activité a fortement augmenté depuis début février et comme nous travaillons en télétravail cela rajoute de la complexité »

 

La période que nous traversons est inédite. Comment l’avez-vous passée chez Qare ? Quelles en sont les difficultés ?

 

Nicolas Wolikow : Pardonnez cette formule, mais chez Qarenous avons des « problèmes de riches ». Notre activité a fortement augmenté depuis début février et comme nous travaillons en télétravail cela rajoute de la complexité. Mais cette période forte pour nous, nous a obligé à être encore plus agiles, et à travailler avec plus d’horizontalité. Parfois, les collaborateurs sont sortis de leur zone de confort : en mars nous avons recruté de nombreux médecins… Du coup, nous avons eu besoin de compétences en interne qui n’étaient pas forcément sur le déploiement de ces recrutements. Les collaborateurs qui faisaient autre chose ont dû se déporter vers des activités qui n’étaient pas les leurs stricto sensu. Certains collaborateurs, dans ces grands changements, se sont révélés, alors que d’autres ont été déstabilisés. On va en tirer des conclusions sur les méthodes de travail pour l’après. Toutes les compétences et les pôles de Qare doivent être plus en proximité et travailler mieux ensemble. Et puis cette crise a clairement montré aussi que le leadership n’est pas une question de diplômes ou de séniorité dans l’entreprise. L’initiative individuelle fonctionne aussi comme un révélateur.

 

Mathieu Gabai : Nous sommes au cœur de ces problématiques chez nos clients. La clef est l’anticipation. Ce qui est fantastique, c’est qu’on a gardé beaucoup de proximité avec nos clients dans leurs projets de communication. Certains secteurs se sont arrêtés du jour au lendemain, d’autres comme l’éducation ou, bien sûr, comme la santé ont connu de forts développements. Nous vivons ce que nos clients vivent. Voilà pourquoi nous sommes au plus près d’eux dans cette période inédite et complexe. Comme le dit Nicolas avec justesse, cette crise révèle certaines personnes et pour d’autres, seules chez elles ou avec leur famille, vivent des situations bien plus compliquées… Il va falloir faire un mixte entre télétravail et travail au bureau… Et se servir de ces retours d’expérience pour mieux s’adapter en étant plus réactifs et agiles encore. Nous proposons à nos clients des ateliers de sortie de crise pour digérer cette période, pour préparer l’après dans un accompagnement toujours au plus près de leurs réalités. 

 

Quels seront les impacts dans les organisations après cette période si compliquée ?

 

NW : On n’est pas fan pour généraliser le télétravail dans une entreprise jeune et à forte croissance comme Qare. On a besoin de liens et d’interactions sociales. Nous travaillons en mode projet donc parfois à distance, mais il est essentiel dans les entreprises de tech de se voir pour mieux se comprendre et avancer ensemble. Comme je le disais, il est important d’être en capacité de redéfinir la corrélation entre diplôme, séniorité et leadership. C’est un grand enseignement pour moi. Les incubations internes et transverses sont très importantes : les collaborateurs doivent avoir une vision 360 de Qare. Cette approche est enrichissante pour l’entreprise mais également pour le collaborateur.

 

MG : Cette période est un test grandeur nature. Il faut adapter les outils pour mixer le présentiel et le distanciel. Le tout télétravail n’est pas la panacée. Nous allons accompagner nos clients dans ce mixte auquel nous croyons. Car c’est ce que nous vivons nous aussi chez Epoka : le télétravail doit être au service de l’efficacité. Le manager n’est plus seulement un expert ou un commercial, Nicolas a raison, le manager doit porter une vision 360… Mais, il y a aussi toutes les questions des collaborateurs, je les comprends complètement : la date annoncée du début du déconfinement interroge sur le télétravail, sur nos manières de travailler… Jamais nous avons eu autant d’interrogations sur les conditions de sécurité, sur les nouvelles méthodes de travail. Nicolas chez Qare se pose, si je l’entends bien, les mêmes questions. Ça tombe bien ! Nous y avons déjà réfléchi très en amont. Nous accompagnons nos clients sur les mêmes interrogations.

 

« En phase d’hyper croissance dans un environnement très instable, il faut comprendre que la culture d’entreprise est essentielle »

 

Est-ce qu’une culture interne forte peut aider à dépasser cette période ? De quelle manière ? 

 

NW : La culture d’entreprise c’est évidemment central. Cette valeur constitue même, à mes yeux, une condition sine qua non pour que l’entreprise sorte plus forte de cette crise. C’est 50 % de la réussite d’une entreprise dans le contexte actuel. Alors, c’est vrai, tout cela est fragile. En phase d’hyper croissance pour Qare et dans un environnement très instable (trois différentes réglementations en trois mois pour notre secteur), il faut comprendre que la culture d’entreprise est essentielle… C’est une amarre qui permet de se diriger par gros temps.

 

MG : Il faut garder en tête les trois piliers fondamentaux, à mon sens : la vision, l’innovation et bien évidemment, la culture d’entreprise. Ces trois colonnes sont les garantes du succès de l’entreprise pour les jours d’après. Il est utopique de croire que la crise va tout changer et tout bouleverser… Je ne le crois pas… Il y a des comportements qui ne seront plus acceptés. Et en effet, des entreprises vont disparaître. Mais celles qui seront soudées ou qui afficheront de fortes valeurs vont s’en sortir ! Et la culture d’entreprise peut tout changer.

 

Au moment de la reprise, quelles seront les premières actions et décisions ?

 

NW : Il faudra faire évidemment le bilan de tout ça. Être à l’écoute des collaborateurs, encore plus qu’avant. « Le bilan est globalement positif » disait Georges Marchais ! Pour Qare, la période a été porteuse. Nous avons pu mesurer encore plus que d’habitude, l’utilité sociétale de ce que nous faisons au quotidien pour la santé de chacun. La crise sanitaire a permis de faire très vite évoluer les mentalités à la fois côté patients et côté praticiens et les usages se démocratisent. Pour les entreprises de notre secteur, le contexte de crise sanitaire a donné une nouvelle dimension à ce que nous faisons. Mais, il va falloir gérer la stabilisation et atterrir après cette hyper croissance des semaines passées. Nous allons mettre en place un « senior management » pour échanger et se renforcer le mode projet… L’organisation de Spotify est intéressante de ce point de vue.

 

« Les managers vont devenir les nouveaux communicants et vraiment devoir porter ces dimensions d’empathie et de bienveillance »

 

 Comment voyez-vous le rôle des managers dans la remise en route de nos organisations ?

 

NW : Il faut que les managers d’un département chez Qare soit perméables aux autres départements. La bienveillance et la solidarité, ces valeurs réaffirmées et amplifiées par la crise vont permettre plus d’échanges. Cette perméabilité horizontale sera un nouveau gisement de production de richesse pour toute l’entreprise mais aussi pour le développement personnel de chacun. J’en suis convaincu.

 

MG : Tirer de cette crise la bienveillance et la solidarité me parait évident. Même si on ne gardera peut-être pas tout de ce qui nous a unis pendant cette période inédite. Il faudra sans doute accompagner les collaborateurs pour qu’ils conservent ces valeurs en tête et les faire vivre dans le temps. Les organisations en auront besoin : le lien, la proximité… Les managers vont devenir les nouveaux communicants et vraiment devoir porter ces dimensions d’empathie et de bienveillance.

 

 « On va célébrer le fait de se retrouver, même si on doit porter des masques et se tenir à deux mètres de distance ! »

 

 Qu’allez-vous faire « les jours d’après » ?

 

NW : On va célébrer le fait de se retrouver, même si on doit porter des masques et se tenir à deux mètres de distance ! Faire une fête ensemble. Je pense qu’il faudra remercier tout le monde et repartir ensemble du bon pied. Échanger sur nos vécus de confinement total. Et grâce au redémarrage du collectif, il faudra aussi favoriser les réunions intra départements. Et valoriser tous les métiers. La crise l’a prouvé, il n’y a pas de petits métiers il y a que des gens essentiels, pour une Nation et pour une entreprise.

 

MG : Nicolas, je partage ton point de vue. Le « Ensemble » et l’« échange » avec chacun sont essentiels. Et puis, un jour recommencer à vivre presque comme avant avec les restaurants, les rencontres autour d’un verre ! Jamais nous n’avons autant éprouvé l’envie d’être ensemble.